Chronologie des voyages d'Enée



1 ère année
Prise de Troie et construction de la flotte à Antandros

Dès la chute de Troie, voulue par les dieux, Énée rassemble des compagnons, construit une flotte à Antandros, au pied du mot Ida, en Phrygie.

2 ème année
Départ d'Antandros et débarquement en Thrace.

Au début de l'été, Enée prend la mer. Il aboutit en Thrace, une terre qu'il croit amie, et il entreprend d'y installer une ville pour les Énéades, la ville qui eut pour nom Enos; en héros pieux, il songe d'abord à faire des offrandes aux dieux, à Vénus notamment et à Jupiter.
Au moment où Énée coupe des branches d'un arbuste pour en orner les autels intervient un prodige. Des gouttes d'un sang infect suintent des souches des branches , et la voix plaintive de Polydore, enterré là, se fait entendre; le malheureux conseille à Énée de fuir cette terre inhospitalière et lui raconte son histoire : ce fils de Priam avait été envoyé autrefois par son père chez le roi de Thrace pour y être élevé; il avait avec lui une grande quantité d'or; poussé par la cupidité, son hôte le mit à mort dès que la puissance troyenne se mit à décliner.
Enée et son père, Anchise quittent la Thrace, non sans avoir honoré Polydore de rites funéraires.
Dès que la mer le permet, la flotte met à la voile
3 ème année
Arrivée à Délos; consultation de l'oracle d'Apollon.

La flotte d'Énée navigue vers l'île de Délos, consacrée à Apollon, où les accueille avec bienveillance le roi Anius, un ami d'Anchise.
Énée demande à Apollon de lui accorder un lieu où s'installer, ou du moins des directives pour poursuivre sa quête. Le dieu leur conseille de rechercher leur "ancienne mère" c'est-à-dire leur terre ancestrale, où s'instaurera un empire universel pour les descendants d'Énée.
Cette réponse réjouit les Troyens. Anchise, persuadé que cette terre mère est la Crète, île de Jupiter et royaume prospère (d'où serait arrivé Teucer avant la fondation de Troie), pousse le groupe à partir pour la Crète relativement proche, après avoir procédé aux sacrifices d'usage à Neptune et Apollon, mais aussi à la tempête et aux Zéphyrs

Arrivée et séjour en Crète, où une épidémie a lieu pendant la canicule.

Les Troyens s'empressent de quitter Délos et, à travers les Cyclades, navigue vers la Crète, qu'ils savent désertée par son prince Idoménée. Dès qu'ils accostent, ils se mettent à construire une ville qu'ils appellent Pergamée.
Pendant leur installation, une épidémie de peste répand sur l'île la mort et les maladies, et Anchise suggère de retourner à Délos, pour solliciter une nouvelle fois l'avis et l'aide d'Apollon.
Énée se conforme aux rites d'usage, avant de s'en remettre à Anchise qui, se souvenant des deux ancêtres de Troie (Teucer et Dardanos) et des prédictions toujours négligées de Cassandre (la fille de Priam et Hécube) à propos de l'avenir des Troyens en Italie, pousse la troupe à reprendre la mer.

Départ de Crète, tempète d'équinoxe, escale aux Strophades
Arrivée à Actium, en Epire.

Les Troyens subissent une violente tempête qui ne s'apaise qu'après trois jours et trois nuits; ils aperçoivent alors une terre, vers laquelle ils se dirigent; les îles Strophades, habitées par les Harpyes, oiseaux qui ont les traits d'une jeune fille aux mains crochues, toujours affamés et laissant des déjections immondes sur les aliments.
Mais les Troyens croient l'endroit accueillant. Ils accostent, et, ayant trouvé des troupeaux dans les pâtures, préparent un repas, sans oublier leurs obligations religieuses. A plusieurs reprises, les Harpyes surgissent du ciel, pillent et souillent les mets des naufragés, qui s'apprêtent à user de leurs armes, mais les Harpyes sont invulnérables et s'éloignent.
Cependant l'une d'elles, Céléno, laisse aux Troyens un message étrange : ils atteindront bien l'Italie, mais ne pourront s'installer définitivement dans leur cité qu'après avoir souffert d'une faim si terrible qu'ils en dévoreront leurs tables.
Effrayés, les Troyens font des offrandes et des prières aux dieux, avant de reprendre la mer.
La flotte troyenne passe devant Zacynthe, Dulichum, Samé, Néritos et aboutit, en contournant Ithaque, à l'île Leucade, au promontoire d'Actium.

Séjour en Epire, rencontre avec Andromaque à Buthrote, en Epire.

Quittant Actium, les Troyens arrivent en Épire, à Buthrote, où le roi du pays est le Troyen Hélénus , héritier du trône de Pyrrhus et époux actuel d'Andromaque.
Énée rencontre Andromaque dans un bois sacré en train de faire des offrandes près du cénotaphe d'Hector.
Elle demande à Énée des nouvelles de son fils Ascagne. Hélénus apparaît, reconnaît ses compatriotes, et les accueille avec chaleur, émotion et générosité.
Énée, conscient d'être soutenu par les dieux, mais inquiet suite à la prophétie de Céléno, consulte le devin Hélénus (un des fils de Priam) sur la manière d'affronter les périls annoncés. Hélénus, après les rites d'usage, conduit le héros troyen au seuil du temple et se met à prophétiser. En assurant Énée que les dieux le protègent, Hélénus confirme qu'il aboutira en Italie, terre toute proche, où pourtant il ne pourra s'établir en toute sécurité qu'après avoir longuement erré sur les mers.
Le présage de la laie blanche marquera le terme de ses errances, et sans redouter la prédiction de Céléno, il est assuré de l'aide d'Apollon.



Départ de l'Epire, navigation et haltes le long de la côte de Sicile.

Hélénus fait transporter sur les navires des Troyens des présents abondants, des chevaux et des armes.
Tandis qu'Anchise veut activer les opérations de départ, Hélénus, plein de déférence, l'encourage à partir au plus tôt pour la partie de l'Ausonie qu'Apollon destine aux Troyens.
Andromaque à son tour offre de somptueux présents faits de ses mains, destinés surtout à Ascagne, en souvenir d'Astyanax.

En quittant Buthrote, la flotte troyenne se dirige, en longeant la côte, vers l'endroit d'où le passage vers l'Italie est le plus court. Elle s'y installe là, mais Palinure, le pilote, à l'affût du moment favorable, sonne le départ dès le milieu de la nuit. Dès le point du jour, les Troyens aperçoivent Castrum Minervae, dominé par un temple de Minerve. La vue de quatre chevaux blancs est considérée par Énée comme un premier présage sur le sol italien, présage qu'Anchise aussitôt interprète comme annonciateur de guerre, mais aussi de paix.

Après cela, laissant à leur droite le golfe de Tarente et diverses cités de la côte du Bruttium, les Troyens aperçoivent de loin l'Etna, mais en même temps, alertés par Anchise, ils identifient l'écueil de Charybde, qu'ils évitent de justesse, non sans avoir souffert dans l'aventure. Enfin ils abordent sur la côte orientale de Sicile, au pays des Cyclopes, au pied de l'Etna qui tonne avec des éruptions horribles.

Là , un inconnu hirsute et aux abois, surgit sur le rivage. Il s'agit d'Achéménide, le compagnon d'Ulysse, abandonné par ses compagnons, fuyant le cyclope Polyphème, a qui ils avaient crevè son oeil unique.

Achéménide conseille aux Troyens de fuir au plus tôt cet endroit.
L'apparition de Polyphème qui vient baigner sur le rivage son oeil purulent pousse les Troyens effrayés à s'enfuir aussitôt et sans faire de bruit, emmenant Achéménide. Le Cyclope, alerté mais impuissant à les poursuivre, pousse un cri terrible qui ébranle les environs , et attire toute la troupe des Cyclopes sur le rivage.
Les Troyens fuient et se dirigent vers le sud de la Sicile.
Après avoir longé la côte est et contourné le cap Pachynum, ils longent la côte méridionale de l'île jusqu'à Lilybée.
4 ème année
Mort d'Anchise, père d'Enée, à Drépanum, en Sicile.

Ils accostent alors à Drépanum, où Énée a la douleur de voir mourir Anchise, son père.
Au bout de quelques jours, ils repartiront pour toucher terre à Carthage.

Arrivée à Carthage.

La belle Carthage, ville préférée d'entre toute, par la déesse Junon et qui savait qu'un jour Rome prendrait Carthage. Didon, qui était belle et sans époux, s'éprit de ce nouveau venu. Elle régnait sur Carthage. Elle en fût d'ailleurs la créatrice. Elle fit tout pour retenir Enée, rien n'était assez beau pour lui. Enée aurait pu vivre dans le luxe, la paix et l'amour jusqu'a la fin de ses jours. Cependant Enée n'avait qu'un but, rejoindre l'Italie et en faire sa patrie, pour lui et tout les siens. Zeus avait promis qu'il serait l'ancêtre d'une race qui gouvernerait le monde; les descendants d'Enée serait les Romains. On sait ce qu'a été l'empire romain par la suite. La belle Didon de Carthage ne put accepter cette séparation et, lorsque les Troyens prirent le large, elle monta sur un grand bûcher et se fit brûler.

Retour à Drépanum, en Sicile.


Jeux funèbres anniversaire de la mort d'Anchise.
Énée et sa flotte s'éloigne de Carthage en direction de l'Italie.
Tempête entre les côtes africaine et la Sicile.
Palinure le pilote suggère de gagner la Sicile proche.
Retour à Drépanum où a été enterré Anchise.
A l'aube du lendemain, qui coïncidait avec le premier anniversaire de la mort d'Anchise, Énée informe ses compagnons que chaque année il célébrera des cérémonies rituelles en l'honneur de son père.
Il ordonne aussitôt d'organiser une cérémonie qui sera suivie, neuf jours plus tard de jeux : joutes, régates, course à pied, lutte et tir à l'arc.
Énée, suivi d'une foule nombreuse, se rend au tombeau d'Anchise, fait des libations et s'adresse à l'ombre de son père.
Durant les jeux, Junon, hostile aux Troyens, Tente d'incendier leur flotte.
Enée implore les dieux, un orage survient, seul quatre bateaux seron détruits.

Découragé, Énée hésite à s'établir en Sicile ou à poursuivre sa route vers l'Italie.
Ceux des Troyens qui ne désirent plus reprendre la mer, pourront rester afin qu'ils fondent en Sicile une nouvelle cité.
5 ème année
Fondations diverses en Sicile et descente aux enfers.


Ensuite, après neuf jours de fêtes rituelles, les vents étant favorables, le départ est décidé.
Énée et la flotte prend la mer, guidée par Palinure qui pilote le navire de tête.
La nuit venue, le dieu Sommeil, sous les traits de Phorbas, propose à Palinure de le remplacer, pour lui permettre de prendre un peu de repos. Sur le refus du consciencieux pilote, le dieu l'endort et le précipite dans les flots, avant de disparaître.
La flotte poursuit tranquillement sa route, et quand Énée se rend compte de la disparition du pilote, il prend sa place à la barre, tout en déplorant le sort de son ami.

Énée aborde à Cumes. Tandis que ses compagnons vaquent à l'installation matérielle sur le rivage, le héros se dirige immédiatement vers le temple d'Apollon, pour y rencontrer la Sibylle.
En attendant la prêtresse qu'Achate est allé quérir, Énée et ses compagnons contemplent sur les portes du temple des scènes évoquant des légendes liées à la Crète et à Dédale, le fondateur du temple.
La prêtresse les tire de leur contemplation, leur recommande d'accomplir des sacrifices, ce qu'ils font, puis les appelle dans le temple.

Les menant à son antre, la Sibylle en transe enjoint Énée d'honorer Apollon pour accéder aux Enfers.
Énée implore Apollon de conserver aux Troyens ses faveurs en l'aidant à atteindre l'Italie. Sans négliger les dieux hostiles à Troie, il promet à Apollon un temple, une fête, et un sanctuaire pour sa prêtresse.
La Sibylle, sous l'emprise du dieu, annonce à Énée qu'il parviendra au but, mais au prix de guerres sanglantes, et elle l'encourage à ne pas se laisser abattre.
Énée prie la Sibylle de le conduire vers son père Anchise, revendiquant cette faveur au nom de son devoir filial et de son origine divine, au même titre qu'Orphée, Pollux, Thésée, Hercule.
La prêtresse détaille les difficultés et le caractère exceptionnel de cette visite aux Enfers, et avertit Énée des conditions préalables : se procurer le rameau d'or et se purifier de la mort d'un de ses compagnons.

Aussitôt Énée (et Achate et d'autres compagnons) partent à la recherche du cadavre inconnu; ils découvrent bientôt sur le rivage le corps abandonné de Misène, fils d'Éole, talentueux trompette d'Énée, mort victime de la jalousie de Triton. Sur le champ, tous s'activent à la préparation d'un bûcher.
Entre-temps, deux colombes guident Énée vers le rameau d'or, qu'il cueille et porte directement à la Sibylle, tandis que s'accomplissent dans les lamentations les cérémonies et offrandes rituelles pour les funérailles de Misène, dont un tombeau et un nom de lieu perpétueront le souvenir.
Conformément aux ordres de la Sibylle et avec son aide, Énée et ses compagnons procèdent devant l'entrée de l'Averne (Enfers) à divers sacrifices rituels aux divinités infernales.
Au lever du jour, dans un grondement de la nature, la prophétesse écarte tout le monde et invite le seul Énée à la suivre dans l'antre qui s'ouvre devant eux.

Après une invocation du poète demandant aux dieux des Enfers la permission de raconter le voyage souterrain, Énée et la Sibylle s'avancent seuls dans l'obscurité. À l'entrée, ils aperçoivent, dans une atmosphère inquiétante, des personnifications évoquent les durs aspects de la condition humaine; puis au centre d'une cour, ils voient l'arbre des Songes mensongers, et divers monstres de la mythologie, ombres inconsistantes, qu'Énée chercherait à combattre si la Sibylle ne l'en dissuadait.

Régnant sur les fleuves des Enfers, le passeur Charon choisit parmi la foule pressée de passer ceux qu'il admettra dans sa barque, écartant les autres de la rive. La prêtresse explique à Énée intrigué que les "refoulés" sont les morts restés sans sépulture, condamnés à errer pendant cent années avant d'être admis à faire la traversée. Énée, ému par un sort si injuste, distingue alors, dans la foule, d'anciens compagnons disparus en mer, et notamment son pilote Palinure.
Après avoir raconté à Énée les circonstances de sa mort, due à la tempête et à l'hostilité des habitants du rivage d'Italie, Palinure supplie qu'on l'inhume, ou du moins qu'on l'admette avec Énée dans l'autre monde, même sans avoir reçu de sépulture. La prêtresse rejette cette requête impossible et console le malheureux en lui apprenant que le "cap Palinure" servira à honorer sa mémoire.

Avant qu'ils ne parviennent au Styx, Charon, fort de son expérience antérieure avec Hercule, Thésée et Pirithoüs, refuse de laisser passer des vivants. La Sibylle rassure Charon sur les intentions d'Énée; en voyant le rameau d'or, le passeur se calme, et, plein de prévenance, leur fait traverser le Styx. La prêtresse endort alors Cerbère, et les voyageurs franchissent ainsi le dernier obstacle à leur entrée au pays des morts.

Énée et la Sibylle parviennent en un lieu où se tiennent différents groupes de victimes de mort prématurée : les nouveau-nés, les condamnés à mort injustement, les suicidés; et dans les Champs des Pleurs, ils rencontrent diverses héroïnes, victimes d'amours malheureuses.
Parmi elles, Énée est très ému en reconnaissant Didon, devant qui il tente de justifier son départ de Carthage, mais elle s'enfuit pleine d'animosité et sans même lui jeter un regard.

Poursuivant sa route, Énée aboutit dans la zone où séjournent les guerriers, Grecs et Troyens confondus. Les Troyens cependant s' empressent auprès d'Énée, tandis que les Grecs de la guerre de Troie prennent peur à sa vue.
Parmi les guerriers, Énée reconnaît Déiphobe affreusement mutilé; en l'assurant de lui avoir élevé un cénotaphe sans avoir pu l'inhumer, il l'interroge sur les circonstances de sa mort. Déiphobe lui raconte la trahison, lors de la dernière nuit de Troie, de son épouse Hélène, qui introduisit dans sa chambre ses deux bourreaux, Ménélas et Ulysse.
Déiphobe à son tour interroge Énée, mais la Sibylle les interrompt et presse Énée de continuer sa route. Déiphobe alors se retire, résigné, en faisant des voeux pour l'avenir d'Énée.

Énée aperçoit alors une sorte de bastion puissamment fortifié et gardé par Tisiphone (l'une des trois furies), d'où montent des gémissements de suppliciés; le héros intrigué interroge la prêtresse sur la nature des crimes commis et de leurs châtiments.
La Sibylle, qui connaît bien le Tartare en tant que prêtresse d'Hécate, le lui décrit, car il est inaccessible à Énée, Les coupables, jugés par Rhadamanthe, y sont châtiés par Tisiphone, qui garde les portes, ouvrant sur les profondeurs du Tartare, enfoncé sous la terre
La Sibylle énumère ensuite une série de grands coupables de la mythologie, en décrivant leurs crimes et leurs supplices : les Titans, les Aloïdes, Salmonée, Tityos, les Lapithes avec Ixion et Pirithoüs.
Vient ensuite la description par la Sibylle des damnés anonymes, illustrant les vices courants des humains, à Rome en particulier, et subissant les mêmes supplices que les damnés mythologiques.

La prêtresse pousse Énée à poursuivre sa route, lui montrant l'endroit où il doit déposer le rameau d'or, à l'entrée de l'Élysée.
Ils parviennent dans un lieu très agréable, où les bienheureux s'adonnent dans la paix, à des jeux, à des danses et à des chants, tels le poète Orphée et les fondateurs de la race troyenne. Ils rencontrent ensuite des anonymes, récompensés pour leurs mérites et leurs vertus : soldats, prêtres, poètes et artistes.
À la Sibylle qui demande où se trouve Anchise, le poète Musée donne quelques détails sur la vie en ces lieux, puis leur indique la voie à suivre.

Énée aperçoit alors Anchise, occupé à recenser les âmes de ses descendants destinées à gagner un jour la terre des vivants; père et fils se retrouvent avec beaucoup d'émotion, se parlent, sans toutefois pouvoir s'étreindre.
Anchise renseigne brièvement Énée sur les âmes innombrables qui cherchent l'oubli en buvant l'eau du Léthé, dans l'attente d'une réincarnation, mais il se montre surtout désireux de faire connaître à son fils la future lignée de leurs descendants.
Au préalable cependant, il satisfera la curiosité d'Énée à propos du sort des âmes après la mort. Il expliquera que les choses proviennent d'une masse matérielle originelle, animée par un esprit. En particulier, les humains sont constitués d'un élément spirituel, gravement alourdi par la matière, qui leur fait oublier le ciel. Après la mort, les âmes doivent expier leurs fautes, en subissant divers supplices, après quoi certaines seraient dans l'Élysée, tandis que les autres attendraient une réincarnation.

Anchise va maintenant désigner dans la foule en attente de renaissance toute une série de futures gloires romaines.
Viennent d'abord, les rois d'Albe (dont le premier, Silvius, et les derniers Procas et Numitor), les fondateurs de petites villes voisines de Rome, et enfin Romulus, qui fera de Rome le centre du monde.
Anchise présente ensuite l'empereur Auguste.
Seront évoqués ensuite les rois de Rome successeurs de Romulus (Numa, Tullus, Ancus, et les deux Tarquins; Servius Tullius étant oublié), ainsi que Brutus, "tombeur" des rois et instaurateur de la République.
Anchise présente encore quelques figures marquantes de l'époque républicaine, notamment César et Pompée, les vainqueurs de la Grèce, les vainqueurs de Carthage.
Enfin, il termine en insistant sur la mission spécifique de Rome, qui sera de faire régner la paix dans le monde soumis à ses lois.

Enée débarque dans le Latium.


Enée fait route à pleines voiles et quitte le port, longe la terre de Circé et arrive en vue de l'embouchure du Tibre. Il décide d'y débarquer.

Les Troyens au bord du fleuve font un maigre repas de fruits sauvages posés sur des galettes de blé. N'étant pas rassasiés, ils se mettent à manger aussi ces dernières. Iule en plaisantant fait remarquer qu'ils ont mangé leurs tables. Énée se souvient alors d'une prophétie qu'aurait faite Anchise et comprend qu'il touche la "terre promise". Énée invoque diverses divinités protectrices, et lorsque Jupiter se manifeste, les Troyens osent enfin s'abandonner à la joie.

Les Troyens reconnaissent les lieux, décident l'envoi d'une ambassade à Latinus et commencent à construire des remparts.

Cent porte-parole partent pour l'auguste ville forte, Lavinium, du roi, Latinus. Le premier contact est paisible.

Le roi Latinus, qui a appris le destin de Troie et le long voyage des Troyens sur les mers, se montre bienveillant et offre aux nouveaux venus l'hospitalité, en évoquant les liens de sa race avec les Troyens, dont l'ancêtre Dardanus était en réalité originaire d'Ausonie.

Ilionée, le porte-parole des Troyens, explique que la présence des Troyens au Latium est délibérée. Il insiste sur l'ascendance jupitérienne de son peuple et de son roi, et sur leur caractère illustre. Les Troyens, qui ont subi de longues épreuves au cours de leur odyssée, demandent l'hospitalité et promettent d'apporter un grand renom aux Latins. Leur présence est voulue par les destins et les dieux. C'est l'oracle d'Apollon, à Délos qui les a envoyés dans la région; d'ailleurs Dardanus ne fait que rentrer dans son pays d'origine. Le discours s'achève par l'offrande de présents sauvés de Troie, et symboles du pouvoir royal.

Devant les propositions troyennes, Latinus est pensif. Faisant aussitôt le rapprochement avec l'oracle reçu de Faunus, il ne pense plus qu'à donner sa fille en mariage au chef des étrangers. Il agrée à la demande d'Ilionée et accepte ses présents. Il le prie de porter sa réponse positive à Énée et de proposer à ce dernier sa fille, Lavinie, en mariage, au nom des destins, qui lui prédisent un grand avenir. En gage d'alliance, il offre alors aux Troyens le tiers de ses chevaux.

Junon voyant les Troyens s'installer au Latium est consciente des limites de son pouvoir, ce qui accentue son dépit et sa haine. Se sachant impuissante à empêcher les arrêts des destins, elle va néanmoins s'acharner à en retarder la réalisation, et à la contrecarrer par tous les moyens.

Junon prie la furie Allecto, monstre universellement détesté, de provoquer la guerre ente Latins et Troyens.

Allecto va s'occuper en premier lieu de la reine Amata, spontanément hostile à Énée et favorable à Turnus. Auprès de Latinus, la reine plaide tout d'abord la cause de Turnus avec des arguments rationnels et des pleurs. Mais l'intervention d'Allecto poussera au paroxysme sa colère et sa passion. La fureur de la reine s'exprime par la métaphore du serpent qui s'est insinué secrètement et progressivement au point de la posséder entièrement.

Les efforts d'Amata sont vains. Excitée par Allecto, elle perd maintenant le contrôle de sa raison. Telle une Ménade en transes, elle enlève sa fille pour la soustraire au mariage avec Énée, ou du moins pour retarder cette union. Elle semble vouloir consacrer sa fille au dieu Bacchus en personne.

Le délire d'Amata est communicatif. Bientôt suivie par les matrones latines, elles aussi prises d'un délire furieux, Amata préside une vraie orgie dionysiaque.

Allecto se rend à Ardée, chez le Rutule Turnus, endormi dans son palais. Sous les traits de Calibé, la prêtresse de Junon, elle le pousse à prendre les armes, en lui disant que ce sont les ordres de Junon.

Rabrouée assez cavalièrement, Allecto abandonne ses traits d'emprunt, et, révélant son identité, elle contraint Turnus à la guerre.

En proie à la fureur guerrière, Turnus pousse son peuple à faire la guerre contre Latinus et contre les Troyens.

Allecto poursuit son oeuvre en provoquant un casus belli entre les Troyens et les paysans du Latium. Elle pousse le Troyen Iule-Ascagne à blesser à la chasse un cerf apprivoisé par la famille du maître des troupeaux royaux. Cet incident met le feu aux poudres.

La fièvre de la guerre se communique à toute l'Italie qui fourbit ses armes.
À l'appel de Turnus, le Latium entier se soulève; des alliés extérieurs se présentent spontanément, et les Latins recherchent l'alliance de Diomède, installé dans le sud de l'Italie. Devant ces mouvements, Énée hésite sur le parti à prendre et tombe endormi près du Tibre.

Le dieu Tibérinus apparaît en songe à Énée, le rassure sur sa destinée future, lui annonçant l'imminence du présage de la truie blanche, dont il explique la signification. Il lui prodigue aussi deux conseils : contracter une alliance avec l'arcadien Évandre, installé à Pallantée, et apaiser Junon par des offrandes et des prières.

Apercevant le prodige annoncé de la truie blanche et de ses trente porcelets, Enée s'empresse de les immoler à Junon; puis, il confie ses deux navires au fleuve complice qu'il remonte joyeusement jusqu'au modeste royaume du roi Évandre, à Pallantée, sur le site de la future Rome.

Arrivés aux portes de la ville, les Troyens aperçoivent Évandre présidant à une cérémonie rituelle en l'honneur d'Hercule. Pallas, le fils d'Évandre, se porte à leur rencontre et les interroge sur leurs intentions.

Énée est accueilli en hôte par Évandre, et, au nom des liens unissant leurs deux lignées, lui propose une alliance militaire contre les Dauniens (= les Rutules), leur adversaire commun. Évandre, se souvenant d'avoir admiré Anchise dans sa jeunesse, promet son aide à Énée.

Évandre parcourt avec Énée le site de la future Rome, tout en retraçant l'histoire du Latium depuis les premiers temps.

Vénus, qu'inquiètent les préparatifs de guerre dans le Latium, use de ses charmes pour convaincre son époux Vulcain de forger une armure pour son fils Énée. Vulcain lui promet son aide complète.


Évandre, dont les ressources ne sont pas importantes, conseille à Énée de prendre la tête d'Étrusques, coalisés contre Mézence, un de leurs tyrans favorable à Turnus et protégé par lui. L'armée étrusque a besoin d'un chef, qui doit être un étranger. Évandre voit en Énée ce chef providentiel de la coalition étrusque. Il se propose aussi de lui fournir des cavaliers arcadiens.

Soudain un présage qu'Énée identifie très vite comme lui venant de sa mère Vénus le tire de son abattement et, dès lors, le héros accepte le rôle providentiel annoncé par les destins et il est désormais prêt à la guerre.

Énée et quelques compagnons se préparent à partir chez les Étrusques, dans une atmosphère de guerre de plus en plus perceptible.
Évandre en particulier, regrettant sa vigueur passée et son impuissance présente, prend congé avec beaucoup d'émotion, de son fils Pallas.

Magnifiquement équipés, Énée et Pallas et leur troupe de cavaliers prennent le chemin du camp de Tarchon qu'ils rejoignent sans difficultés.

Vénus apporte à Énée l'armure promise forgée par Vulcain

Junon, par l'intermédiaire d'Iris, engage Turnus à profiter de l'absence d'Énée pour s'emparer du camp troyen.
Turnus se met en marche avec une troupe impressionnante; les Troyens, se conformant aux directives d'Énée, se bornent à résister derrière leurs retranchements, renonçant à s'engager.
Turnus, furieux comme un loup affamé ne parvenant pas à pénétrer dans une bergerie, réfléchit à un moyen de faire sortir les Troyens du camp.

Pour contraindre les Troyens à sortir de leurs murs, Turnus met le feu à leurs vaisseaux. Mais, conséquence de promesses faites jadis à Cybèle par Jupiter, les navires sont miraculeusement transformés en nymphes, tandis qu'une voix céleste recommande aux Troyens de ne pas chercher à les sauver.

Du côté troyen, on s'active à assurer la défense du camp. Nisus, brûlant de s'illustrer par une action d'éclat, confie à son ami Euryale son projet de joindre Énée à Pallantée en traversant, à la faveur de la nuit, les rangs des assaillants enivrés ou endormis.
Nisus veut agir seul, car il désire de ne pas exposer Euryale au danger, mais ce dernier, sourd à tous les arguments de son ami, décide de participer à son action.

Les deux amis proposent aux responsables troyens, anxieux d'établir un contact avec Énée, leur plan, qui est accepté avec gratitude et soulagement, le vieil Alétès voyant même dans la vaillance des jeunes gens un signe de la faveur des dieux.
Aux encouragements des membres du conseil, Iule-Ascagne ajoute présents et promesses pour les deux héros, en manifestant un intérêt tout particulier pour le jeune Euryale, son égal en âge, à qui il promet de s'occuper de sa mère, comme si elle était la sienne.

En pleine nuit, les deux amis gagnent le camp des ennemis, qu'ils trouvent ivres ou endormis. Nisus charge Euryale de surveiller les lieux, tandis que lui, tel un lion affamé, massacre sauvagement une dizaine de Rutules. Euryale, tout aussi avide de gloire, répand également le carnage autour de lui. À l'approche de l'aube, satisfaits de leur vengeance, les deux Troyens quittent les lieux. Euryale, bien imprudemment, dépouille ses victimes de certaines de leurs armes.

Un groupe de cavaliers latins qui rejoignaient le camp de Turnus sous les ordres de Volcens, remarquent la présence des deux Troyens, trahis par les reflets du casque d'Euryale dans l'obscurité. Sommés de s'arrêter, les deux amis s'enfuient, mais, si Nisus parvient à s'éloigner, Euryale, entravé par son butin, s'égare.
Nisus, dès qu'il se rend compte qu'Euryale ne l'a pas suivi, revient sur ses pas et découvre son ami encerclé par les Latins. Prêt à tout pour le sauver, il lance, sans être vu, des traits qui blessent mortellement deux ennemis; Volcens, qui ne voit pas Nisus, menace de tuer Euryale pour venger ses hommes.
Alors Nisus, pour sauver son ami, révèle sa présence et revendique toute la responsabilité de l'action, mais en vain, car Volcens transperce Euryale de son épée. Finalement, dans un sanglant corps à corps, Nisus tue Volcens, puis s'écroule pour mourir sur le cadavre d'Euryale.

Du côté rutule, malgré la consternation soulevée par la découverte du massacre, Turnus et les divers chefs appellent au combat, excitant leurs troupes en exhibant les têtes des deux amis empalées sur des piques; ce spectacle horrible afflige aussi les Troyens, qui se préparent à nouveau à soutenir l'assaut.
Pendant ce temps, la mère d'Euryale, avertie par la Rumeur de la mort de son fils, exhale des plaintes désespérées et très communicatives. Iule, en dépit de son émotion, et Ilionée la font sagement ramener chez elle.

L'assaut est inéluctable. Volsques et Rutules tentent d'escalader les murs, mais ils sont repoussés à coup de projectiles par les Troyens. La lutte s'annonce âpre de part et d'autre.


Turnus met le feu à une tour troyenne qui s'écroule, entraînant la mort de la plupart de ses occupants. Seuls rescapés de cet effondrement, deux jeunes Troyens, Hélénor et Lycus, mourront tous deux de la main de Turnus.
L'assaut reprend de plus belle, et nombreuses sont dans les deux camps les victimes de combats singuliers, dans lesquels Turnus joue le rôle le plus important.


Ascagne fait ses premières armes à la guerre en tuant d'une flèche Numanus-Rémulus, le beau-frère de Turnus, qui avait insulté les Troyens et fait l'éloge des rudes moeurs latines, opposées à la mollesse et au luxe des Orientaux; Ascagne apparaît manifestement appuyé par Jupiter.
Suite à une intervention du dieu Apollon, les chefs dardanides, sachant Ascagne-Iule protégé du dieu, l'empêchent de continuer à se battre, avant de retourner eux-mêmes au combat, avec une ardeur redoublée.

C'est alors que les frères Pandare et Bitias, sciemment, laissent ouverte la porte dont ils ont la garde; de l'entrée, ils massacrent ou mettent en fuite les ennemis qui tentent de pénétrer dans le camp, ce qui donne de l'ardeur aux Troyens qui se risquent au dehors.
Mais Turnus se rue à l'intérieur, et massacre quatre guerriers troyens, avant d'abattre sauvagement Bitias, l'un des deux frères. Le dieu Mars insuffle aux Latins espoir et ardeur, et aux Troyens crainte et désir de fuir, mais tous sont prêts à se battre. Pandare, voyant le cadavre de son frère, referme la porte, coupant toute retraite à une partie des siens, mais sans se rendre compte que Turnus est resté dans les murs. À son tour, Pandare sera abattu par Turnus, nouvel Achille, protégé par Junon.

Turnus n'avait à ce moment qu'à introduire son armée en rouvrant les portes pour anéantir tout le camp, mais, tout à sa folie meurtrière et secondé par Junon, il massacre encore une bonne dizaine de Troyens désemparés et en débandade.
Finalement, les chefs Troyens Séreste et Mnesthée réagissent; un discours vigoureux de Mnesthée ranime les courages, et les Troyens tous ensemble acculent Turnus qui se retire.

Jupiter rappelle aux dieux rassemblés dans l'Olympe que l'installation des Troyens en Italie est voulue par le destin, et que le temps des guerres entre Carthage et Rome n'est pas encore venu.
Auprès de Jupiter, Vénus plaide en faveur des Troyens et le supplie de sauvegarder Ascagne et Énée.


Junon irritée plaide à son tour, rejetant toute la responsabilité du conflit sur Vénus et justifiant ses interventions par les droits des Latins et des Rutules à régner en Italie.
Aux dieux perplexes, Jupiter annonce qu'il ne prendra parti ni pour Junon ni pour Vénus, assurant que "les destins trouveront leur voie".

Tandis que les Rutules poursuivent le siège du camp, les Troyens entourant Ascagne organisent au mieux la résistance et se battent avec acharnement.
Énée, ramenant les forces qu'il s'est conciliées sur les conseils d'Évandre chez les Étrusques de Tarchon, fait voile vers son propre camp, accompagné de Pallas.

Durant la traversée, des nymphes marines, en fait ses navires métamorphosés par Cybèle, apparaissent à Énée. L'une d'elles, Cymodocé, le renseigne sur leur métamorphose, sur la situation difficile de son camp assiégé par Turnus, malgré la présence sur place de troupes arcadiennes et étrusques et elle l'exhorte à engager le combat dès l'aube contre les Rutules. Cette apparition l'encourage grandement.
Après une prière à Cybèle, Énée arrive au lever du jour en vue du camp, et, de son navire, il indique à ses alliés dans la plaine les positions à prendre. Les Troyens retranchés, qui ont reconnu leur chef, retrouvent de l'ardeur au combat.
Turnus, qui lui aussi a vu la flotte et Énée s'approcher du rivage, a l'intention d'occuper le terrain le premier pour refouler ces envahisseurs; il exhorte ses troupes et en appelle à leur audace.


Le débarquement s'effectue, sans trop de dommages, à l'exception de la perte du navire de l'Étrusque Tarchon.
Des combats rudes vont se dérouler sur le rivage entre les forces d'Énée et celles de Turnus. Énée terrasse un bon nombre d'adversaires en combat singulier, mais la lutte reste indécise.


Le jeune Pallas, apercevant la déroute des Arcadiens, les exhorte et les encourage.
Les stimulant par sa conduite valeureuse, il va s'illustrer en abattant successivement toute un grand nombre d'ennemis dans des combats acharnés.
Dans le camp adverse, le jeune Lausus, fils de Mézence, s'illustre tout autant, sans que son destin lui réserve d'affronter directement Pallas.

Turnus, se substituant à Lausus sur le conseil de Juturne, défie en combat singulier Pallas, résolu à faire face avec bravoure.
Il invoque l'aide d'Hercule, mais le père des dieux fait comprendre à ce dernier que le destin a fixé pour chacun le jour de la mort, et que la vertu est le seul recours.
Pallas en dépit de sa vaillance est tué par un Turnus très arrogant, qui lui enlève son baudrier, en consentant toutefois à rendre son cadavre.


Énée, averti par un messager, est pris de fureur et veut venger Pallas. Il commence par immoler différentes victimes sans défense et se montre impitoyable.


Ensuite il massacre ou met en fuite tous ceux des ennemis qui tentent de résister, jusqu'au moment où Ascagne sort du camp.

Dans l'Olympe, Jupiter, conscient de l'aide apportée par Vénus aux Troyens, accorde à Junon la faveur de soustraire momentanément à la mort son protégé Turnus.

Junon fabrique un fantôme d'Énée, qui provoque Turnus abusé et l'entraîne sur un navire, dont elle rompt aussitôt les amarres; tandis que s'évanouit le fantôme, Turnus est emporté.
Turnus atteint dans son honneur, parce que tenu à l'écart du combat, est proche du désespoir, mais Junon l'apaise et l'emmène chez Daunus son père.

Mézence, qui s'est substitué à Turnus sur le champ de bataille, abat de nombreux ennemis; il sème la terreur autour de lui, fidèle à son image de personnage cruel et impie.

Les combats se poursuivent indécis entre guerriers des deux camps, sous les regards des dieux.
Mézence dans un corps à corps cherche à atteindre Énée, mais son trait est dévié par le bouclier; Énée riposte et blesse Mézence, qui se retire.

Aussitôt Lausus se précipite au combat pour protéger son père blessé, qu'il sauvera en exposant sa propre vie aux coups d'Énée.
Ce dévouement filial provoque l'attendrissement et l'admiration d'Énée, qui fait rendre son cadavre à Mézence.

Consterné quand il apprend la mort de Lausus, Mézence, en dépit de ses blessures, est résolu à vaincre Énée ou à mourir.

Les deux ennemis, Mézence à cheval, Énée à pied, vont se défier en un combat singulier, duquel Énée sortira vainqueur.

Énée offre au dieu de la guerre le trophée de Mézence, mais ce triomphe et la confiance retrouvée ne l'empêchent pas d'ordonner à ses troupes de commencer par honorer les morts, en particulier Pallas.

Énée s'apitoie sur la dépouille de Pallas, veillée par son écuyer Acétès. Il exprime aussi sa compassion pour Évandre, qui lui avait confié son fils.
Il organise le convoi funèbre comme une sorte de cortège triomphal, qui doit reconduire Pallas à Pallantée.

Énée accorde aux ambassadeurs latins une trêve pour honorer leurs morts et, en redisant sa volonté d'un accord pacifique avec les Latins, lance une sorte de défi à Turnus, cause de la guerre.
Le porte-parole des Latins, Drancès, hostile à Turnus, approuve Énée. Une trêve de douze jours est décrétée, au cours de laquelle Latins et Troyens préparent les bûchers.

Au cours des manifestations de deuil dans la ville de Latinus, deux clans apparaissent : celui de Drancès qui présente Turnus comme le vrai responsable de la guerre, et celui de la reine Amata, est toujours favorable au roi des Rutules
. Les ambassadeurs envoyés chez Diomède sont rentrés bredouilles, et Latinus prie leur porte-parole Vénulus de rapporter dans le détail devant le conseil la réponse du héros grec.
Diomède déconseille aux Latins de se lancer dans une guerre contre les Troyens, en évoquant sa propre expérience et celle d'autres Grecs, qui connurent bien des malheurs après la chute de Troie.
Lui personnellement, conscient d'avoir offensé Vénus, refuse de s'exposer désormais, d'autant qu'Énée est un guerrier aussi valeureux que pieux. Et il conseille aux Latins de conclure la paix avec les Troyens.

Turnus répond avec âpreté à Drancès, l'accusant à son tour d'être un lâche, qui préfère les discours ronflants aux faits d'armes. Puis il se défend d'avoir fui, en rappelant ses faits d'armes, notamment la mort de Pallas et les massacres accomplis à l'intérieur des murs troyens. Critiquant ensuite le point de vue des pacifistes, il prétend que la solution est de recourir à la guerre, et se montre très méprisant pour la couardise de son adversaire.
Turnus alors s'adresse de façon plus posée à Latinus, dont il semble comprendre le point de vue défaitiste. Mais bientôt, il retrouve sa fougue, son énergie et sa logique, pour prôner la reprise de la lutte : il évoque les forces qui leur restent; les pertes subies par les Troyens; le caractère changeant de la Fortune; les héros sur qui ils peuvent compter.
Enfin, il se dit prêt à assumer seul le combat contre Énée.


L'annonce du mouvement des Troyens et des Étrusques vers la ville pousse Turnus à interrompre les débats du Conseil et à s'imposer comme chef des opérations militaires.
Latinus se retire, se reprochant son manque d'autorité. Une agitation fébrile règne dans la ville, où on prépare la guerre. La reine Amata, Lavinia et toute une troupe de matrones se rendent au temple de Pallas, où elles prient pour la défaite et la mort d'Énée.
Pendant ce temps, Turnus plein d'ardeur guerrière s'arme pour le combat.


Camille, la reine des Volsques, propose à Turnus d'aller elle-même affronter les ennemis dans la plaine, pendant que lui protégera la ville. Impressionné, Turnus accepte cette collaboration.
Sachant qu'Énée en réalité prépare un mouvement tournant par les montagnes, il suggère un autre plan : Camille, à la tête de plusieurs escadrons de troupes légères, se chargera d'arrêter les cavaliers ennemis, tandis que Turnus ira surprendre l'infanterie d'Énée en un terrain propice aux embuscades.


Au ciel, Diane raconte à Opis, une de ses nymphes, l'histoire de Camille, particulièrement chère à son coeur. Métabus, tyran de Privernum au pays des Volsques, exilé par ses sujets, avait spectaculairement sauvé sa fille Camille, puis l'avait consacrée à Diane. Élevée dans les bois, elle mena la vie d'une vierge chasseresse, jusqu'au jour où elle s'engagea dans la guerre contre les Troyens. Son destin étant d'y périr, Diane charge Opis de la venger, s'engageant elle-même à protéger et honorer son cadavre.

Les cavaleries des Rutules et des Troyens s'affrontent, en une succession d'attaques et de retraites, comparées au flux et au reflux de la mer.
Finalement un troisième combat très meurtrier pour les deux camps s'engage, qui sert de préliminaires à l'intervention de Camille.


Camille, décrite comme une Amazone, apparaît entourée de ses compagnes.
Elle massacre de nombreux ennemis, en les affrontant successivement, et avec des méthodes toujours différentes et appropriées. Son ardeur et sa vaillance sont décrites comme surhumaines.


Jupiter pousse l'étrusque Tarchon à réagir. Celui-ci fustige sévèrement ses troupes pour leur indolence.
Se lançant ensuite dans la mêlée, il saisit Vénulus, qu'il arrache de son cheval et emmène avec lui pour le tuer, entraînant ainsi les Étrusques à l'assaut. Arruns guette et poursuit Camille, dont le destin est de mourir de sa main.

Obnubilée par l'éclat des armes et des vêtements de Chlorée, un prêtre troyen, Camille n'a plus d'autre but que de s'en emparer. Arruns profite de cet aveuglement pour attaquer la jeune fille, non sans avoir d'abord invoqué l'aide d'Apollon.
Arruns la blesse mortellement d'un trait, puis s'enfuit, tandis que Camille s'éteint doucement, chargeant sa compagne Acca de recommandations pour Turnus. L'annonce de la mort de Camille ravive l'ardeur des combats, surtout dans les rangs des Troyens et de leurs alliés.

Opis, se conformant aux ordres de Diane, s'apprête à venger Camille, qui, dit-elle, sera honorée après sa mort.
Ensuite, elle décoche une flèche à Arruns qui meurt seul, oublié de tous.

Les coalisés, en pleine déroute, refluent en désordre vers la cité des Laurentes. Les portes sont refermées, et beaucoup, n'ayant pas réussi à pénétrer dans la ville, meurent misérablement. Les matrones, imitant Camille, tentent de défendre les murailles.


Turnus, averti par Acca, quitte son embuscade pour rejoindre la ville. Énée passe le défilé sans encombre, et gagne lui aussi la cité, le suivant de près. Mais comme la nuit tombe, on ne peut pas engager la bataille.

Turnus se décide à se mesurer à Énée, seule issue possible pour lui. Malgré les tentatives vaines de Latinus, il refuse de se soumettre à la volonté du destin.Tant les pleurs et les supplications d'Amata que la présence silencieuse de Lavinia le renforcent encore dans sa résolution, qu'il transmet à Énée par un messager.

Aussitôt, Turnus s'en va préparer ses armes et son char, proférant des menaces méprisantes à l'égard d'Énée, tandis que celui-ci, heureux de la proposition, mentalement prêt au combat, rassure les siens et décide de préciser à Latinus ses conditions.
Dès l'aube du lendemain, dans les deux camps on aménage le terrain où se dérouleront le combat et la cérémonie rituelle du traité. De part et d'autre, les troupes sortent de leurs campements et s'installent en position de repos, tandis qu'une foule de Latins curieux s'apprête à contempler le spectacle depuis les remparts de la ville.

Junon, bien que connaissant l'arrêt irrévocable de Jupiter, tente cependant encore de sauver Turnus, en poussant la nymphe Juturne à soustraire son frère au combat et à la mort.

Entre-temps, Latinus accompagné de Turnus, et Énée d'Ascagne s'avancent pour sceller le traité par des sacrifices et des offrandes.
Énée s'engage solennellement, en cas de défaite, à renoncer à toute prétention sur le territoire latin et, en cas de victoire, à réunir les deux peuples sous les mêmes lois et les mêmes dieux.
L'autorité suprême et le commandement militaire iront à son beau-père Latinus, et les Troyens construiront une ville nouvelle, Lavinium.
Latinus s'engage tout aussi solennellement à respecter ces conventions, et la cérémonie s'achève par des sacrifices.

Tandis que les Rutules sont partagés et inquiets à la perspective du duel, Juturne, sous les traits de Camers, se mêle aux rangs des Italiens, et, par ses reproches et ses exhortations, les pousse à reprendre les armes.
Ensuite, elle suscite un prodige (un aigle contraint par les oiseaux qu'il pourchassait de lâcher sa proie et de s'enfuir) propre à influencer, bien qu'en les abusant, les alliés de Turnus.

L'augure Tolumnius, interprétant ce prodige au sens apparemment si clair, lance aussitôt un trait contre un groupe de neuf frères Troyens; l'un d'entre eux est abattu, ce qui provoque la réaction immédiate des huit autres.
Aussitôt, les adversaires des deux camps qui assistaient au sacrifice reprennent le combat, tandis que Latinus s'enfuit impuissant, rappelant cependant la volonté des dieux.
Les combats singuliers font rage, vainqueurs et vaincus appartenant aux deux camps.

Tandis qu'il cherche vainement à rappeler le duel qui avait été décidé, Enée est blessé par une flèche anonyme.
Turnus voyant son adversaire hors combat reprend espoir, et se lance avec une fougue digne de Mars dans d'épiques combats.
Rien ni personne ne résiste à son ardeur ni à sa fierté hargneuse, et nombre de Troyens y laissent leur vie.

Énée entouré de ses proches profondément découragés est soigné, sans succès, par Iapyx, un Troyen expert dans l'art de la médecine et protégé par Apollon; le héros se montre cependant impatient à reprendre le combat, qui se fait de plus en plus proche.
Vénus, apitoyée par la souffrance de son fils, intervient secrètement, mêlant à l'eau utilisée par Iapyx une plante miraculeuse.
Énée est subitement guéri, ce que Iapyx interprète comme un encouragement du destin en faveur d'Énée.

Stimulé par Iapyx, Énée s'empresse de revêtir ses armes, et, après quelques conseils moraux à Ascagne, il quitte le camp, suivi de son armée. Tous s'avancent dans la plaine, épouvantant leurs ennemis.
Des combats s'engagent, mortels pour les hommes de Turnus en débandade, tandis qu'Énée cherche toujours à affronter son ennemi en combat singulier.

Juturne, sous les traits du cocher Métiscus, fait virevolter le char de Turnus, laissant l'impression qu'il est vainqueur, mais le soustrayant en réalité au combat.
Énée, abusé un moment, poursuit le char, et, tandis qu'il hésite sur la conduite à suivre , il évite de justesse une flèche traîtreusement lancée par Messapus.

Cette nouvelle violation du pacte irrite Énée qui finalement rejoint la mêlée, où il donne libre cours à sa fureur guerrière, ce que ponctue une invocation aux dieux, annonciatrice de nombreux massacres.
Les deux héros se déchaînent comme des torrents dévastateurs, répandant la mort.
Bref, dans les deux camps, les guerriers s'affrontent de toutes leurs forces.

Énée, sur l'inspiration de Vénus, se prépare à assaillir la ville de Latinus. Il prend position sur une hauteur et précise ses exigences devant ses troupes. Se considérant vainqueur puisque persuadé de la dérobade de Turnus, il exige la soumission totale des Latins, sous peine de détruire la ville.
L'assaut est donné, et tandis qu'Énée proteste de son bon droit devant Latinus, dans la ville épouvantée, les citoyens, tels des abeilles dont on enfume la retraite, sont partagés entre le parti de négocier ou celui de se défendre.

La reine Amata, croyant Turnus mort, se suicide de désespoir, se disant responsable du désastre.
Les manifestations de deuil de Lavinia et des femmes latines contribuent à répandre la nouvelle dans la ville, tandis que Latinus s'en va, désespéré.
Turnus, toujours emporté sur son char, et alerté par le tumulte venant de la ville, arrête les chevaux.
Juturne, sous les traits du cocher Métiscus persiste à vouloir l'écarter du combat, tout en ménageant sa fierté.
Turnus n'est plus dupe de l'artifice de sa soeur; impressionné par la mort de deux de ses proches, il se sait perdu, et accepte l'idée de mourir, mais non celle d'être un lâche.

Sacès vient avertir Turnus de l'assaut troyen, des hésitations de Latinus, du suicide d'Amata; il lui reproche son inefficacité et l'appelle au secours.
Cet appel réveille en Turnus une série de sentiments qui le stimuleront à agir. Turnus, reprenant ses esprits et voyant flamber dans la ville une tour de défense, sait que l'heure de son destin a sonné et que, pour sauver son honneur, il doit accepter le duel avec Énée.
Sans attendre, il se rue vers la ville et fait connaître sa décision aux Latins et aux Rutules.

Énée, exalté par cette nouvelle donne, cherche aussitôt à affronter Turnus dans la plaine, sous les regards de Latinus et des deux armées, muées en spectateurs. Le combat s'engage à coups de javelots lancés de loin, puis évolue en un corps à corps farouche mais équilibré.
Enfin, quand Turnus tente de frapper l'armure d'Énée, il voit voler en éclat l'épée de Métiscus, dont il se servait par mégarde, et cherche à se sauver en fuyant, ce qui s'avère impossible.

Énée se met aussitôt à poursuivre Turnus, comparé à un cerf aux abois; tout en fuyant, le héros réclame son épée aux Rutules qui entourent le champ de bataille, tandis qu'Énée apparaît de plus en plus menaçant.
Énée à son tour est privé de sa lance, à cause d'un sacrilège inconsidéré des Troyens à l'égard de Faunus, lequel intervient un moment en faveur de Turnus. Les deux rivaux, ayant récupéré leurs armes respectives grâce à Juturne et à Vénus, sont prêts à reprendre le duel.

Jupiter ordonne à Junon de mettre fin à son acharnement contre les décrets du destin.
Junon à contre-coeur renonce à soutenir personnellement Turnus, en recourant toutefois encore à une aide de Juturne.
Elle obtient de Jupiter, pour le Latium et les Latins, la faveur de garder, après la fusion des deux peuples, certaines prérogatives.
Jupiter déclare solennellement que les peuples d'Italie, conservant leur nom, leur langue et leurs coutumes, se mêleront par le sang aux Troyens, et formeront une race supérieure, qui se distinguera par sa piété, notamment à l'égard de Junon.

Jupiter alors dépêche sur terre une des Furies chargée d'impressionner et d'isoler Turnus. Sous l'apparence d'un oiseau de nuit, comme un sinistre présage, elle emplit le chef rutule d'épouvante.
Juturne, en reconnaissant la Furie déguisée en hibou, renonce à la lutte, en déplorant sa condition d'immortelle.

Énée, croyant qu'il continue à se dérober par lâcheté, provoque Turnus qui réagit, en tentant de lancer sur son adversaire un énorme bloc de pierre; mais ses efforts sont vains, car il est sous l'emprise de la Furie, et se sent complètement isolé.
Énée d'un trait transperce le bouclier de Turnus qu'il blesse à la cuisse. Ce dernier, terrassé, reconnaît sa défaite et supplie Énée de l'épargner, ou du moins de rendre sa dépouille aux siens et de mettre un terme à sa haine.
Énée est presque convaincu, mais la vue du baudrier de Pallas sur les épaules de Turnus ravive sa fureur, et, d'un dernier coup, il achève impitoyablement Turnus.


Source : L'énéide, Virgile




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